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La place du vocabulaire

Parmi les objectifs pédagogiques du projet, l’acquisition d’un vocabulaire spécifique est apparue comme le moyen le plus immédiat pour saisir les notions, cristalliser les idées et dégager les concepts afin de passer aisément des arts visuels aux arts du son en rapprochant ces deux domaines. Indispensable à la lecture des œuvres, ce vocabulaire devient un trait d’union entre arts plastiques et arts du son, nourrissant la démarche des élèves de la phase de conceptualisation jusqu’à la phase de création sonore. Il sert de lien dans le croisement des méthodes et se révèle d’autant plus efficace lorsqu’il souligne l’interdisciplinarité.

La méthodologie de ces parcours croisés suppose au préalable et durant tout le projet un contact prolongé avec l’œuvre de référence visant à faire advenir le vocabulaire. Habitués à attendre des explications plutôt qu’à en donner, les élèves pensaient dans un premier temps ne rien pouvoir dire sur l’œuvre. Pourtant, de cette confrontation émerge un vocabulaire qui va s’affiner tout au long des séances, amenant peu à peu les élèves à ressentir et à comprendre les intentions de l’artiste. Que les impressions soient positives ou négatives, elles génèrent des mots, des émotions, des interrogations qui les conduisent à verbaliser. C’est en partant de leurs perceptions et en leur accordant une place centrale que le conférencier sollicite une participation active des élèves et les plonge dans une introspection de l’œuvre. Sans jamais être dans une logique d’enseignement ni de démonstration, il les mène par une série de questions vers une approche sensorielle : couleurs, matières, formes, dimensions, perception, expérimentation par le corps. Chaque séance permet ainsi d’approfondir les niveaux de lecture et d’accéder au sens de l’œuvre tout en leur donnant la possibilité de se l’approprier. Ce processus d’échange et d’accompagnement devient alors un apprentissage du regard. Apprendre à regarder pour nommer, nommer pour comprendre, comprendre pour apprécier. Le vocabulaire ainsi recueilli fait l’objet d’une sélection avant d’être transposé dans le domaine du son où l’intervention du réalisateur en informatique musicale (RIM) et l’utilisation de l’outil informatique ouvrent de nouvelles pistes de création. Les mots issus de l’œuvre conditionnent le travail de création sonore et trouvent alors une nouvelle résonance. L’utilisation d’un vocabulaire commun permet de créer une relation de proximité entre peinture, sculpture, installation, musique et son. Les séances où RIM et conférenciers accompagnent ensemble les élèves sont des moments clés du projet car elles partagent ce vocabulaire transversal en établissant des relations entre travail effectué et travail à venir. Les sons collectés par les élèves y sont manipulés, modifiés, associés et traités à l’aune du vocabulaire, véritable fil conducteur de la création.

En classe, le travail des enseignants renforce les liens avec le projet. Il s’agit de mutualiser les mots, les décortiquer, apprendre à les utiliser dans d’autres contextes et surtout les transposer dans un travail pratique, littéraire ou plastique qui les fixera dans la mémoire de chacun. Comptes rendus oraux ou écrits, explications de texte, jeux de mots, démonstrations, manifestations d’opinion, le vocabulaire a servi de support pour des séquences pédagogiques spécifiquement liées au langage. Bien que l’écart entre l’univers culturel des élèves et celui de la création contemporaine soit important, ce travail a fait naître une opinion absente jusque-là ! Si le manque de vocabulaire, l’absence de maîtrise du langage ou la difficulté à structurer leurs pensées constituent un obstacle quotidien pour ces élèves, la fierté de décrire une émotion ressentie ou un moment vécu a donné en revanche une intensité rare aux restitutions écrites. La création du blog dont l’objectif était d’accompagner l’évolution du projet a non seulement permis de valoriser les écrits en gardant les traces de chaque séance de travail mais également de donner aux élèves l’occasion d’exprimer un point de vue et de le partager. Leurs textes et remarques sont le témoignage d’une parole libérée et réfléchie, loin des inhibitions habituelles qu’ils ont pour la plupart dépassées grâce à cet exercice prolongé.

Emmanuelle Marquez,
enseignante d’Arts appliqués au lycée de Prony à Asnières