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DERNIERS EXTRAITS DU PROJET DE LORMONT

L’art d’avancer par l’art

Par Benoit Martin, publié le 21 mai 2011 dans le journal Sud Ouest.

Entre Paris, Bordeaux et Cenon, arts visuels et son, 14 élèves de bac pro ont plongé six mois dans la création contemporaine, collectivement et intimement.

Flashs lumineux et grésillements énervants. Des néons rouges crépitent toutes les deux secondes dans une salle de classe, au 1er étage du lycée professionnel Jacques-Brel. Les tubes flamboyants dessinent un crâne. à croire que l’établissement délivre un diplôme de tatoueur ! En robe noire, les filles sont chics. Une discothèque peut-être ? Mais non, c’est juste une œuvre d’art contemporain accrochée au fond de la classe, qui fait savoir qu’elle est là. Si ce n’est que de l’art contemporain... Nous voilà rassurés...

Jeudi en fin d’après-midi, 14 élèves de première bac pro optique et lunetterie et leurs professeurs ont clôturé six mois d’Ateliers de création, en invitant partenaires, parents et amis à venir partager leur parcours, leurs réticences, leurs réflexions et leurs avancées.

Quatre lycées en France

Ces projets d’éducation artistique - qui mêlent arts visuels, son et nouvelles technologies - ont été lancés, il y a trois ans, par le Centre Pompidou et l’Institut de recherche et coordination acoustique musique (Ircam), à Paris. Pour la première fois cette année, ces Ateliers de la création ont été décentralisés. Région Aquitaine et Fonds régional d’art contemporain (Frac) ont sauté sur l’occasion. Il n’y a eu que quatre lycées professionnels élus. Lormont en force pour ce projet pilote !

« Découverte de l’art contemporain, contact avec une partie des œuvres du Frac - plus de 1 000 -, plongée dans le processus de création, appropriation de la démarche par la pratique... Les Ateliers de la création, c’est tout cela à la fois », détaille Claire Jacquet, directrice du Frac Aquitaine. « Lors de la présentation du projet, d’aucuns se sont demandés : "Hou là ! C’est quand même du très haut niveau" », concède la proviseur Catherine Dauny, visiblement ravie du résultat final et du travail accompli.

Mémoire vidéo du parcours

A projet ambitieux, moyens conséquents et programme chargé. Un budget de 9 000 euros pour trente heures d’ateliers avec visite duCentre Pompidou à Paris, de la collection du Frac et des ateliers de la fabrique artistique Pola, aux bassins à flot à Bordeaux, de la scène et des studios d’enregistrement du Rocher de Palmer de Cenon... « Il n’y a jamais eu de cours classiques. On est totalement sorti du face-à-face élèves-enseignants », souligne Céline Merliot, professeur d’arts appliqués. Regarder, écouter, critiquer, débattre... et pratiquer. Les périples intimes ont été couchés dans des carnets de voyage individuels. La création s’est faite collective grâce à une pièce sonore de quinze minutes, avec l’aide de l’artiste Eddie Ladoire. L’aventure dans sa totalité a été captée en vidéo par Stéphane Abboud.

Un film de vingt-trois minutes qui dévoile tout du chemin parcouru par les élèves, circonspects au début. « Pour moi, l’art, c’était un tableau genre Picasso. C’était obligatoirement de la peinture », « Finalement, ce n’est pas que l’Antiquité ! », « C’est fou ce qu’on peut faire avec un bruit bête comme celui d’une table... », « On est plus à l’écoute des bruits qui sont autour de nous », peut-on entendre dans le film.

Arts appliqués, mathématiques, anglais, français... Les matières académiques ont été sollicitées. Au-delà de ça, « ces six mois ont fait naître beaucoup de questions. Ça stimule le cerveau », se félicite Claire Jacquet. Voyage, voyage « C’est avec le recul qu’on s’aperçoit que ce genre de projet sert à quelque chose : ouvrir les yeux et les oreilles, ne pas avoir peur de parler », explique un ancien élève du lycée.

Les partenaires financeurs frôlent l’extase. « Vous nous avez aidés à gagner notre pari », exulte la Région Aquitaine. Pour l’inspecteur d’académie, les élèves ont fait un triple voyage : « Un voyage vers un artiste qui n’est pas si étranger que cela, un voyage à l’intérieur de l’établissement qui démontre que l’art n’est pas réservé à une élite intellectuelle et argentée, et un voyage intérieur qui va vous rester. »

Egalement lisible à cette adresse : http://www.sudouest.fr/2011/05/21/l...



Compte rendu des séances arts sonores avec Eddie Ladoire

Compte-rendu des séances de travail sonore – Eddie Ladoire

Les premières séances ont été focalisées sur l’écoute ( au Rocher de Palmer) :

  de pièces du répertoire électroacoustique : Pierre Henry : « Dracula » Luc Ferrari : série des « Presque rien ».

  de quelques pièces personnelles : « Epi Condorect » (qui se focalise sur l’identité sonore d’un bâtiment de la banlieue de Rennes) « New York New York ? » (Documentaire sonore sur la ville de New York racontée par deux jeunes femmes)

  pour finir, de pièces d’installations sonores personnelles : « Stressfull light » (expositon au CAPC en 2008)

Le but de ces séances était de provoquer un choc esthétique, de faire découvrir aux Lycéens des musiques méconnues, composées à partir de sons du quotidien.

Les séances suivantes furent concentrées sur des séries de prises de sons dans le lycée. Nous avons découvert les outils de travail d’un preneur de son (Perche, différents micros, enregistreur numérique nomade, casques, ordinateurs) et les avons testés au lycée. Le but de ces séances est avant tout de découvrir différentes techniques de prise de sons et de manipulation de micros. Je leur explique par ailleurs que le microphone est un objet qui donne à entendre et à enregistrer diverses situations mais pour cela il faut se concentrer sur l’objet sonore ou l’ambiance à enregistrer, éviter les bruits de fond ou parasites.

La prise de conscience du travail effectué a suscité de nombreuses questions : Est-ce exactement ce même travail qui est effectué lors de la composition des pièces écoutées lors des séances précédentes ? Comment à partir de ces enregistrements, les artistes travaillent leurs musiques ? Les élèves prennent aussi consciences que la composition musicale passe par de nombreuses étapes, et que c’est un travail à part entière.

De retour en atelier au Rocher de Palmer, les élèves ont proposé de scinder la classe en trois groupes de cinq élèves. Nous avons aussi décidé ensemble que la pièce finale serait une pièce en trois parties. La thématique choisie est « une journée au Lycée » racontée par chaque groupe afin d’avoir trois points de vue sonores différents. Le lien entre chaque petite histoire s’effectuera grâce à un jingle. Nous avons ensuite classé et numéroté les fichiers des prises de sons effectuées pour commencer à élaborer un scénario.

Puis les élèves ont travaillé sur les postes informatiques pour une découverte des outils mis à disposition par l’Ircam. Nous avons alors parlé des effets (reverb, delay, pitch …), en mettant en évidence leur utilité dans une composition musicale. Les élèves ont alors créé une banque de sons transformés à partir de leurs enregistrements.

Pour revenir à l’idée fondamentale du projet (l’écoute et la découverte d’éléments peu connus à leurs oreilles), nous parlons assez régulièrement du jeu musical et plastique qui se met en place en mixant chaque élément travaillé. Nous avons commencé par la notion de traitement, pour aller vers la matière ici traitée ou mal traitée, malaxée, étirée, renversée … Les sons transformés viennent renforcer l’idée de traitement de matière.

Je fais alors un parallèle entre le travail d’atelier d’un sculpteur ou le traitement d’image d’un photographe avec le travail du compositeur ou du plasticien sonore sur le son.

Les dernières séances seront concentrées sur le montage final de la pièce sonore à diffuser lors de notre présentation à Beaubourg. Nous avons commencé un petit montage avec le logiciel Pro Tools où chaque élément, ou objet sonore, prend une place à part entière. Les élèves placent dans le logiciel chaque fichier numéroté pour pouvoir raconter leur histoire. Nous plaçons ensuite et en dessous de chaque fichier de même famille, les éléments transformés.

A chaque moment de mixage, je rappelle que l’écoute est importante. Depuis maintenant trois séances, les élèves voient le caractère évocateur du travail plastique sonore effectué. Je développe par ailleurs une certaine forme poétique en incluant les notions de cinéma pour l’oreille et la notion de paysage sonore.

Nous discutons aussi de la construction de la pièce musicale. La pièce va être simple : Jingle – introduction - développement - abstraction, second énoncé du sujet – développement – abstraction … jusqu’à la séquence finale. Nous portons régulièrement un regard sur mes outils de montage, d’éditions. Je présente des constructions de pièces sonores dans Pro-Tools, de l’édition de fichiers dans Wavelab, quelques montages dans Ableton live. J’explique pourquoi et à quoi sert un élément transformé.