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Un projet d'éducation artistique à la croisée des arts visuels, des arts du son et des nouvelles technologies en direction des lycées professionnels

 

PRÉSENTATION

En Aquitaine, avec le soutien de la Région, le projet coordonné par le Frac Aquitaine en relation avec l’Ircam et le Centre Pompidou est expérimenté par la classe de 1ère Bac Pro Optique et Lunetterie du Lycée Jacques Brel à Lormont : 14 élèves au total encadrés par deux professeurs en arts appliqués et anglais. Eddie Ladoire, artiste et fondateur de l’association Ma Asso dédiée aux cultures électroniques et nouvelles technologies accompagne les élèves dans la découverte et manipulation des sons. Le Rocher de Palmer, nouvel établissement tourné vers les cultures du monde et voisin du lycée, apporte une aide logistique et technique pour les expérimentations sonores et accueillera les élèves lors du concert de Proxima Centauri (présence aux répétitions et rencontre avec les musiciens). Conjointement, le Frac Aquitaine assure des rencontres avec les élèves et l’œuvre de Claude Lévêque issue de sa collection, désignant un cerveau constitué d’un réseau de néons diffusant une lumière rouge vibratoire. Conçu par un des plus importants artistes contemporains français (représentant la France à la Biennale de Venise en 2009), Sans titre (1993) a l’avantage d’allier les questions liées à la lumière et au son, sujet à partir duquel découlent depuis octobre 2010 toutes les actions prévues (exposition au lycée, prises de son et ses manipulations...).

Déroulement du projet :

. Frac Aquitaine : présentation des œuvres du Frac Aquitaine sélectionnées pour le lycée à l’ensemble de l’équipe administrative et enseignante, séances autour de l’œuvre de Claude Lévêque, séance autour des œuvres présentées au lycée (octobre 2010 - avril 2011), visite de l’exposition Somewhere over the rainbow au Frac Aquitaine (battle en duo autour des œuvres), visite de Buy-Sellf (le collectif d’artistes Buy-Sellf développe un programme d’expositions et de productions d’œuvres visant à accompagner les artistes dans toutes les phases de leurs démarches), préparation de la restitution au Centre Pompidou, coordination générale du projet.

. MaAsso : écoutes de pièces sonores du répertoire électro-acoustique et de quelques pièces personnelles de Eddie Ladoire, séries de prises de son dans le lycée, découverte des outils de travail, traitement et montage des sons, construction de la pièce musicale, préparation de la restitution au Centre Pompidou.

Déroulement du projet, suite :

. Céline Merliot (professeur d’arts appliqués) et Céline Saillan (professeur d’anglais) : suivi du carnet de bord, alimentation du blog, suivi administratif et technique, coordination du voyage à Paris, préparation de la restitution au Centre Pompidou.

. Le Rocher : accueil des séances dédiées au travail sonore, aide logistique (mise à disposition d’outils de travail), coordination de la séance autour de la résidence et du concert de Proxima Centauri (rencontre avec les musiciens, présence aux répétitions et au concert), encadrement et aide logistique dans le cadre du Festival des Lycéens.

. Stéphane Abboud / Le Projectionniste : documentaire restituant le projet.

Restitution :
Le 7 avril au Centre Pompidou
Le 19 jeudi mai 2011 (à confirmer) au Lycée professionnel Jacques Brel avec la restitution du film documentaire sur les ateliers réalisé par Stéphane Abboud et la médiation et les témoignages des élèves ainsi qu’avec tous les carnets de bord en consultation..

Œuvre étudiée durant les ateliers :
Claude Lévêque - Sans titre, 1993
Claude Lévêque, Sans titre, 1993
Repro : Bernard Dupuy

ACTEURS DU PROJET ET PARTENARIATS

Le lycée professionnel Jacques Brel, Lormont
Le lycée professionnel Jacques Brel est classé ambition réussite. Il accueille 450 élèves environ qui se répartissent dans des sections aussi diverses que les métiers de l’optique (du BEP au BTS), les métiers de l’industrie (électrotechnique, systèmes électroniques numériques, maintenance industrielle) du CAP au Bac pro, et les 3ème Module Découverte Professionnelle 6h. Des partenariats avec la Marine Nationale et ERDF enrichissent encore l’offre de formations. Les sections Optique Lunetterie accueillent des élèves de la France entière qui se destinent au métier d’opticien qui exige des connaissances techniques particulièrement pointues. Le lycée professionnel Jacques Brel est l’un des seuls à les y préparer.

L’équipe enseignante :
Professeur principale (professeur en arts appliqués) : Céline Merliot
Professeur d’anglais : Céline Saillant
Lien vers le site du lycée


Le Frac Aquitaine, Bordeaux
La création du Fonds régional d’art contemporain en Aquitaine intervient en 1982 à la faveur des lois de la décentralisation et d’une volonté politique de soutenir la création contemporaine par la constitution d’une collection dans la perspective de la porter à la connaissance du plus grand nombre. Patrimoine vivant et représentatif des formes et expressions contemporaines, le Frac-Collection Aquitaine conserve plus d’un millier d’œuvres qu’il diffuse en priorité en région, mais aussi en France et à l’étranger. Les activités du Frac s’articulent autour de différents axes : conservation, exposition, documentation, diffusion, médiation, édition, communication. Ainsi, le Frac constitue une structure d’accompagnement des projets artistiques expérimentaux et novateurs dans leur processus de production et assure une mission éducative.
Lien vers le site du Frac Aquitaine

Le Rocher de Palmer, Cenon

6700 m2 de scènes et de studios, une architecture audacieuse signée Bernard Tschumi et Véronique Descharrières, une brasserie ouverte par le chef étoilé Nicolas Magie... Situé au cœur du parc Palmer de Cenon, le Rocher de Palmer ouvre ses portes aux musiques et aux cultures du monde. Première scène française labellisée « Académie des Arts » par le Secrétariat d’Etat chargé de la Politique de la Ville, il se compose de trois salles de concerts (1200, 650 et 300 places) et développe une programmation centrée sur le jazz et les musiques du monde, s’offrant des détours vers le hip hop, les musiques électroniques, le rock, la folk et quelques spectacles de danse en lien avec sa thématique. Adossé à son volet programmation, l’équipement culturel s’attache à développer les pratiques artistiques et faire connaitre ces musiques au plus grand nombre. Outre un centre de documentation, le Rocher de Palmer propose de nombreuses actions de sensibilisation (concerts chez l’habitant, ateliers, rencontres), des stages, des master-classes et des résidences d’artistes. Avec un volet supplémentaire consacré aux nouvelles technologies, il est équipé d’une régie numérique qui permet une utilisation combinée de l’image, du son et de la vidéo.
Lien vers le site du Rocher

MA Asso, Bordeaux

MA Asso est une association de production et de diffusion des cultures électroniques, qu’il s’agisse de musique expérimentale ou d’art contemporain tourné vers la création sonore. Cette structure existe depuis 2002. Créée au départ par les artistes Eddie Ladoire et Jacques Perconte, bientôt rejoints par Hélène Perret, pour diffuser leur travail, elle s’est ensuite ouverte aux musiques électroniques innovantes. Depuis 2006, elle développe le projet AUDIO ROOM, une autre manière d’écouter la musique et les sons. AUDIO ROOM est constitué d’événements et de performances et illustre un genre toujours à la frontière de la musique et de l’art. AUDIO ROOM présente des créations d’artistes utilisant le son comme matériau. Plasticiens ou musiciens ayant digéré les influences de la musique contemporaine et électroacoustique, ils proposent autre chose. Autour de ces moments de production et de diffusion, MA Asso a mis en place des actions de sensibilisation et a développé une boîte pédagogique, « Audio Room…La Boîte ».
Lien vers le site de MA Asso

Eddie Ladoire, MA Asso, Bordeaux

Plasticien et compositeur de musique électroacoustique, Eddie Ladoire nous invite à repenser nos rapports au son et à l’espace. Ses compositions s’inscrivent aux frontières de la musique concrète et des arts sonores. L’auditeur se retrouve confronté à un univers qu’il entend au quotidien mais qu’il n’écoute pas. Auteur de pièces radiophoniques, de cartes postales sonores ou d’installations sonores, il collabore aussi avec des plasticiens tels que Jeanne Susplugas, Clémentine Roy ou encore Alain Declercq, Nicolas Moulin, Pierre Belouin ou Stéphane Sautour pour lesquels il a créé de nombreux designs sonores de vidéo, d’installations ou de pièces communes.

EXTRAITS DU BLOG DU PROJET DE LORMONT

L’art d’avancer par l’art

Par Benoit Martin, publié le 21 mai 2011 dans le journal Sud Ouest.

Entre Paris, Bordeaux et Cenon, arts visuels et son, 14 élèves de bac pro ont plongé six mois dans la création contemporaine, collectivement et intimement.

Flashs lumineux et grésillements énervants. Des néons rouges crépitent toutes les deux secondes dans une salle de classe, au 1er étage du lycée professionnel Jacques-Brel. Les tubes flamboyants dessinent un crâne. à croire que l’établissement délivre un diplôme de tatoueur ! En robe noire, les filles sont chics. Une discothèque peut-être ? Mais non, c’est juste une œuvre d’art contemporain accrochée au fond de la classe, qui fait savoir qu’elle est là. Si ce n’est que de l’art contemporain... Nous voilà rassurés...

Jeudi en fin d’après-midi, 14 élèves de première bac pro optique et lunetterie et leurs professeurs ont clôturé six mois d’Ateliers de création, en invitant partenaires, parents et amis à venir partager leur parcours, leurs réticences, leurs réflexions et leurs avancées.

Quatre lycées en France

Ces projets d’éducation artistique - qui mêlent arts visuels, son et nouvelles technologies - ont été lancés, il y a trois ans, par le Centre Pompidou et l’Institut de recherche et coordination acoustique musique (Ircam), à Paris. Pour la première fois cette année, ces Ateliers de la création ont été décentralisés. Région Aquitaine et Fonds régional d’art contemporain (Frac) ont sauté sur l’occasion. Il n’y a eu que quatre lycées professionnels élus. Lormont en force pour ce projet pilote !

« Découverte de l’art contemporain, contact avec une partie des œuvres du Frac - plus de 1 000 -, plongée dans le processus de création, appropriation de la démarche par la pratique... Les Ateliers de la création, c’est tout cela à la fois », détaille Claire Jacquet, directrice du Frac Aquitaine. « Lors de la présentation du projet, d’aucuns se sont demandés : "Hou là ! C’est quand même du très haut niveau" », concède la proviseur Catherine Dauny, visiblement ravie du résultat final et du travail accompli.

Mémoire vidéo du parcours

A projet ambitieux, moyens conséquents et programme chargé. Un budget de 9 000 euros pour trente heures d’ateliers avec visite duCentre Pompidou à Paris, de la collection du Frac et des ateliers de la fabrique artistique Pola, aux bassins à flot à Bordeaux, de la scène et des studios d’enregistrement du Rocher de Palmer de Cenon... « Il n’y a jamais eu de cours classiques. On est totalement sorti du face-à-face élèves-enseignants », souligne Céline Merliot, professeur d’arts appliqués. Regarder, écouter, critiquer, débattre... et pratiquer. Les périples intimes ont été couchés dans des carnets de voyage individuels. La création s’est faite collective grâce à une pièce sonore de quinze minutes, avec l’aide de l’artiste Eddie Ladoire. L’aventure dans sa totalité a été captée en vidéo par Stéphane Abboud.

Un film de vingt-trois minutes qui dévoile tout du chemin parcouru par les élèves, circonspects au début. « Pour moi, l’art, c’était un tableau genre Picasso. C’était obligatoirement de la peinture », « Finalement, ce n’est pas que l’Antiquité ! », « C’est fou ce qu’on peut faire avec un bruit bête comme celui d’une table... », « On est plus à l’écoute des bruits qui sont autour de nous », peut-on entendre dans le film.

Arts appliqués, mathématiques, anglais, français... Les matières académiques ont été sollicitées. Au-delà de ça, « ces six mois ont fait naître beaucoup de questions. Ça stimule le cerveau », se félicite Claire Jacquet. Voyage, voyage « C’est avec le recul qu’on s’aperçoit que ce genre de projet sert à quelque chose : ouvrir les yeux et les oreilles, ne pas avoir peur de parler », explique un ancien élève du lycée.

Les partenaires financeurs frôlent l’extase. « Vous nous avez aidés à gagner notre pari », exulte la Région Aquitaine. Pour l’inspecteur d’académie, les élèves ont fait un triple voyage : « Un voyage vers un artiste qui n’est pas si étranger que cela, un voyage à l’intérieur de l’établissement qui démontre que l’art n’est pas réservé à une élite intellectuelle et argentée, et un voyage intérieur qui va vous rester. »

Egalement lisible à cette adresse : http://www.sudouest.fr/2011/05/21/l...



Compte rendu des séances arts sonores avec Eddie Ladoire

Compte-rendu des séances de travail sonore – Eddie Ladoire

Les premières séances ont été focalisées sur l’écoute ( au Rocher de Palmer) :

  de pièces du répertoire électroacoustique : Pierre Henry : « Dracula » Luc Ferrari : série des « Presque rien ».

  de quelques pièces personnelles : « Epi Condorect » (qui se focalise sur l’identité sonore d’un bâtiment de la banlieue de Rennes) « New York New York ? » (Documentaire sonore sur la ville de New York racontée par deux jeunes femmes)

  pour finir, de pièces d’installations sonores personnelles : « Stressfull light » (expositon au CAPC en 2008)

Le but de ces séances était de provoquer un choc esthétique, de faire découvrir aux Lycéens des musiques méconnues, composées à partir de sons du quotidien.

Les séances suivantes furent concentrées sur des séries de prises de sons dans le lycée. Nous avons découvert les outils de travail d’un preneur de son (Perche, différents micros, enregistreur numérique nomade, casques, ordinateurs) et les avons testés au lycée. Le but de ces séances est avant tout de découvrir différentes techniques de prise de sons et de manipulation de micros. Je leur explique par ailleurs que le microphone est un objet qui donne à entendre et à enregistrer diverses situations mais pour cela il faut se concentrer sur l’objet sonore ou l’ambiance à enregistrer, éviter les bruits de fond ou parasites.

La prise de conscience du travail effectué a suscité de nombreuses questions : Est-ce exactement ce même travail qui est effectué lors de la composition des pièces écoutées lors des séances précédentes ? Comment à partir de ces enregistrements, les artistes travaillent leurs musiques ? Les élèves prennent aussi consciences que la composition musicale passe par de nombreuses étapes, et que c’est un travail à part entière.

De retour en atelier au Rocher de Palmer, les élèves ont proposé de scinder la classe en trois groupes de cinq élèves. Nous avons aussi décidé ensemble que la pièce finale serait une pièce en trois parties. La thématique choisie est « une journée au Lycée » racontée par chaque groupe afin d’avoir trois points de vue sonores différents. Le lien entre chaque petite histoire s’effectuera grâce à un jingle. Nous avons ensuite classé et numéroté les fichiers des prises de sons effectuées pour commencer à élaborer un scénario.

Puis les élèves ont travaillé sur les postes informatiques pour une découverte des outils mis à disposition par l’Ircam. Nous avons alors parlé des effets (reverb, delay, pitch …), en mettant en évidence leur utilité dans une composition musicale. Les élèves ont alors créé une banque de sons transformés à partir de leurs enregistrements.

Pour revenir à l’idée fondamentale du projet (l’écoute et la découverte d’éléments peu connus à leurs oreilles), nous parlons assez régulièrement du jeu musical et plastique qui se met en place en mixant chaque élément travaillé. Nous avons commencé par la notion de traitement, pour aller vers la matière ici traitée ou mal traitée, malaxée, étirée, renversée … Les sons transformés viennent renforcer l’idée de traitement de matière.

Je fais alors un parallèle entre le travail d’atelier d’un sculpteur ou le traitement d’image d’un photographe avec le travail du compositeur ou du plasticien sonore sur le son.

Les dernières séances seront concentrées sur le montage final de la pièce sonore à diffuser lors de notre présentation à Beaubourg. Nous avons commencé un petit montage avec le logiciel Pro Tools où chaque élément, ou objet sonore, prend une place à part entière. Les élèves placent dans le logiciel chaque fichier numéroté pour pouvoir raconter leur histoire. Nous plaçons ensuite et en dessous de chaque fichier de même famille, les éléments transformés.

A chaque moment de mixage, je rappelle que l’écoute est importante. Depuis maintenant trois séances, les élèves voient le caractère évocateur du travail plastique sonore effectué. Je développe par ailleurs une certaine forme poétique en incluant les notions de cinéma pour l’oreille et la notion de paysage sonore.

Nous discutons aussi de la construction de la pièce musicale. La pièce va être simple : Jingle – introduction - développement - abstraction, second énoncé du sujet – développement – abstraction … jusqu’à la séquence finale. Nous portons régulièrement un regard sur mes outils de montage, d’éditions. Je présente des constructions de pièces sonores dans Pro-Tools, de l’édition de fichiers dans Wavelab, quelques montages dans Ableton live. J’explique pourquoi et à quoi sert un élément transformé.